"Vies et Morts d'Elizabeth Siddal" par Florence Alibert

"Sir Galahad", dessin d'Elizabeth Siddal, Wightwick Manor, photography by Psyché Opiuchus

J’espère que vous allez bien et que vous ne souffrez pas trop de la chaleur ?

Comme promis, je reviens sur le blog pour vous parler du livre « Vies & Morts d’Elizabeth Siddal » de Florence Alibert.

J’étais tellement impatiente que je l’ai lu en deux jours. Et j’ai passé un très bon moment ! Bien que j’eusse lu d’autres documents sur la vie d’Elizabeth Siddal, sa vie et le mouvement Préraphaélite reste un mystère dont les enchevêtrements et les personnalités extraordinaires me passionnent. Merci beaucoup Florence pour ce bel ouvrage !

Le livre :

Mais revenons au livre, Florence Alibert est une Maîtresse de conférences  et conservatrice des bibliothèques, spécialiste d’histoire du livre. Elle travaille en particulier sur l’esthétique et l’art des livres préraphaélites. 
À ce propos, si vous ne connaissez pas «  Cathédrales de poche » de cette même auteure, je vous le conseille fortement. Il vous emmènera découvrir la destinée de William Morris et vous rencontrerez au passage d’autres figures du mouvement préraphaélite. Mais ceci est une autre histoire….  
Autrement dit, l’auteure est une fine connaisseuse avec une solide expertise, qui travaille sur ces sujets depuis de nombreuses années. 

« Vies & Morts d’Elizabeth Siddal » se présente sous un livre à couverture rigide (très appréciable) de 16x24cm comprenant 176 pages. 
En couverture, nous retrouvons un autoportrait réalisé par Elizabeth Siddal en 1853-1854. L’image est un peu pixelisée, mais il est difficile de trouver de bonnes et hautes définitions de ses travaux. Je vous laisse apprécier par vous-même la couverture et la quatrième de couverture (et personnellement, le vert amande j’adore 😉). 



Le livre est découpé en chapitres : une centaine de pages est consacrée à une étude biographique, puis vous trouverez les œuvres graphiques et picturales d’Elizabeth Siddal, suivies par ses poèmes en anglais, traduits en français par l’auteure. Pour finir, Florence a ajouté une chronologie de la vie d’Elizabeth Siddal, repère temporel essentiel pour en apprécier la globalité et se perdre pensivement en déductions et raisonnements interprétatifs une fois le livre terminé.



Mon avis : 

Pour commencer, je tenais à souligner le fait que ce livre est en français, et c’est une sacrée chance ! Moi qui ne suis pas bilingue et encore moins lorsqu’il s’agit d’un vieil anglais du XIXème, quel bonheur de lire dans ma langue maternelle. Ma concentration n’est pas divisée entre l’effort de la traduction et le sens du texte. Je peux profiter pleinement de la signification et me laisser emporter. Même les poèmes ont été traduits (c’est la première fois qu’ils sont traduits en français d’ailleurs). Le texte en anglais étant conservé à côté de la traduction pour permettre des allers-retours afin de profiter de la pensée pure de l’artiste et de l’absence ou de la présence des rimes et autres artifices propres à la poésie.


Un autre point qui mérite d’être soulevé : pour une fois, l’ensemble du travail artistique d’Elizabeth Siddal nous est présenté ! Que cela soit son travail en tant que modèle ou ses quelques dessins et aquarelles extirpés des archives, ou ses poèmes. Nous avons enfin sous les yeux un incomparable échantillon de son travail d’artiste, et non, seulement, de Muse. Même si, comme nous le précise l’auteure, ce n’est pas exhaustif (les poèmes sont passés entre de nombreuses mains avant de nous parvenir, dont celles de Dante  Gabriel Rossetti et parfois il ne reste plus que des fragments parcellaires, non inclus).
Comme le souligne Florence dans son ouvrage il s’agit de «la meilleure ressouvenance que l’on puisse avoir d’Elizabeth Siddal. Stigmate réel de son être et de ses pensées…».


J’ai beaucoup apprécié l’objectivité avec laquelle a été rédigé ce livre. Lorsque Florence relate les éléments biographiques de la vie d’Elisabeth Siddal, les éléments sont factuels, étayés par des informations de l’état civil, des extraits de journaux intimes et des revues, des lettres, pour ne citer que ces exemples. 
Cela est une très bonne façon de se rapprocher de l’époque victorienne, d’Elizabeth Siddal et du mouvement préraphaélite sans tomber dans des élucubrations et autres fantasmes et fantaisies. 

Même si j’estime avoir une bonne connaissance du sujet, j’y ai appris des choses ! 

"Sir Galahad", dessin d'Elizabeth Siddal, Wightwick Manor, photography by Psyché Opiuchus

Les passages à coloration artistique se voient considérablement enrichis par l’expertise en histoire de l’art de Florence. Vous y trouverez des comparaisons entre différents tableaux et esquisses ou des analyses vraiment intéressantes. Le côté symbolique y est très présent. Que cela soit les symboles d’une vie ou d’un tableau, il y a vraiment matière à nourrir sa réflexion. À ce propos, j’ai particulièrement apprécié la pensée de l’auteure sur la récupération par notre époque du symbole « Elizabeth Siddal ». Et je ne vous en dis pas davantage pour ne pas vous gâcher le plaisir de la lecture. 

Dante Gabriel Rossetti Regina Cordium ou portrait d’Elizabeth Siddal le jour du mariage, 1860 huile sur toile,

Pour finir, on pourrait parler des petites faiblesses de ce livre comme le fait qu’il est trop court (à mon goût) ou que les illustrations sont un peu petites, mais peut-être cela est-il juste ma fascination pour cette muse de légende qui me fait voir les choses en grand. Et franchement, au regard de tous les points positifs que je vous ai présenté, ce livre est une pépite ! 

Et maintenant, je vais transmettre le livre à Yoann, qui m’a gentiment permis de le lire en premier alors qu’il avait aussi fort envie de le lire 😌.

Ma pensée vagabonde : 

Wightwick Manor

À titre personnel….
Bien souvent sur les réseaux sociaux, on m’a complimentée en me comparant à Elizabeth Siddal. C’est un très beau compliment, flatteur, au regard de ce qu’elle a apporté au mouvement Préraphaélite et de ce qu’elle représente dans l’Histoire de l’Art. Cependant, je ne me suis jamais sentie proche de cette artiste et muse. Bien qu’elle ait réalisé des choses extraordinaires, sa vie a été, à mes yeux, un malheur sans fin et la postérité lui a coûté cher ! Nos personnalités et aspirations semblent très différentes également. 

Autoportrait, Elizabeth Siddal

Cependant, Je ne peux m’empêcher de remarquer des similitudes d’évènements dans nos vies, ce qui est tout à fait étonnant comme expérience pour moi. Le spectre de ma vie par lequel je regarde la sienne me fait voir sa vie et sa personne de manière particulière et m’amène à réfléchir à ma propre vie (ne serait-ce que par rapport à la chance que j’ai de ne pas vivre à l’époque victorienne pour ne citer qu’un exemple pas trop personnel). 

La psychologue clinicienne en moi reste complètement interloquée par la relation construite entre ces deux personnalités étranges qu’étaient Elizabeth Siddal et Dante Gabriel Rossetti. J’élabore des théories et des interprétations. Je rêve que plusieurs cliniciens se penchent sur la question, je suis persuadée que l’on pourrait aboutir à une hypothèse (ou plusieurs) plausible, concernant la personnalité de Rossetti et Siddal ainsi que sur la nature de leur relation. 

Le mot de la fin : soutenez les femmes artistes de leur vivant, qu’elles soient auteures, illustratrices, poétesses, etc…. c’est quand même plus utile pour elles que lorsqu’elles passent à la postérité ^^

Vous pouvez retrouver le livre de Florence Alibert ici.
Et merci pour votre attention !

Sir John Everett Milais, Ophelia, 1851-52.








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